2020, L’année de tous les dangers pour les hôteliers

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Le tourisme Mondial entre en terra incognita.

Un tiers de l’humanité est confiné. Les frontières sont fermées. L’offre de transport aérien en Europe s’est réduite de 90%. La crise du COVID-19 sonne le retour d’une fragmentation du monde. Nous n’avions pas connu une telle rupture depuis la Seconde Guerre mondiale.

Sans vaccin ni traitement, les autorités encadreront strictement la circulation des populations. Les événements et les rassemblements subiront également ces contraintes durables.

La première grosse difficulté pour les hôteliers sera de tenir jusqu’au déconfinement. ET après ?

Quels sont les freins à une reprise normale de l’activité en déconfinement ? Comment les professionnels du tourisme voient-ils la situation et quelles mesures immédiates actionner ?

Circulation des populations en berne

La Crise du Coronavirus n’est pas sans faire résonance à l’histoire de la tour de Babel

Nous allons maintenant entrer dans la méfiance.

L’illusion de la reprise rapide

« Il y a un mois, en Chine, 10 % des hôtels étaient ouverts avec 10 % de taux d’occupation. Aujourd’hui, ce taux est de 35 % avec 87 % de capacité ouverte. C’est la preuve qu’on réenclenche les flux rapidement » nous dit l’UMIH.

En supposant que ces informations soient justes, j’aimerais le croire. Pourtant, je ne partage pas cet optimisme. Si nous regardons justement vers la Chine, la crainte d’une deuxième vague monte. Des Chinois fuient l’Europe et rentrent chez eux. Toute personne arrivant de l’étranger est désormais obligée de financer sa quatorzaine dans un hôtel réquisitionné.

La gestion stricte des quatorzaines

À Taïwan, les autorités se sont montrées exemplaires dans la gestion de la crise. La quatorzaine y est contrôlée par l’État. Les repas sont fournis par l’administration, mais l’hôtel reste à la charge du voyageur.

Nombre de frontières européennes sont fermées jusqu’à nouvel ordre. Cela met à mal l’espace Schengen et la libre circulation des citoyens. Pour l’instant, l’agenda de réouverture des États membres reste très flou

Le frein sur les vols long-courriers

Les marchés intérieurs pourraient voir un début de reprise de la demande dès le troisième trimestre. Cependant, l’Organisation Mondiale du Tourisme reste mesurée sur la reprise des vols long-courriers. Elle souligne que les marchés internationaux seront plus lents à repartir. Il semble probable que les gouvernements conservent les restrictions de voyage plus longtemps.

D’ici peu, des contrôles sanitaires seront probablement installés aux frontières. Des mises en quatorzaine surveillées pourraient également voir le jour.

L’ère du tourisme franco-français

En conclusion, la circulation des populations risque d’être durablement limitée. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Il y a d’abord des contraintes techniques et la volonté des États. Mais il existe aussi un facteur psychologique : la peur alimentée par l’incertitude.

Il semble logique d’imaginer que le tourisme en France sera essentiellement alimenté par un flux franco-français pendant plusieurs mois.

Multiplication des annulations d’événements

Nous sommes tout au début de cette crise : Au moment où la mer est d’huile, juste avant la tempête

En quelques semaines, le nombre de rendez-vous majeurs supprimés a explosé. Ces annulations impactent immédiatement l’économie et le tourisme. De plus, les entreprises prennent des mesures restrictives. Elles freinent, voire interdisent, les déplacements à l’étranger de leurs collaborateurs.

Même si les organisateurs d’événements conservaient le choix, pourraient-ils raisonnablement programmer des manifestations ? Les économies restent grippées et les transports demeurent à l’arrêt.

Le voyage d’affaires représente 30 % du marché global. Pourtant, ce secteur ne dopera pas l’activité hôtelière dans les mois à venir. Cette situation durera, selon toute vraisemblance, au moins 12 à 18 mois.

Il n’y aura pas d’euphorie à la sortie du confinement

Ce sera long.

Le cabinet Roland Berger a interrogé les dirigeants d’entreprises du tourisme. Ces derniers estiment que la crise du Covid-19 impactera leur chiffre d’affaires de 40% en moyenne cette année. Personnellement, je pense qu’ils sont optimistes.

Les professionnels interrogés sont une minorité à croire à une consommation euphorique après le confinement. Ils privilégient un scénario de prudence et une reprise moyenne, voire une réticence prolongée.

Le tissu économique est mal en point. L’endettement général des entreprises pour résister et un chômage record marqueront les prochains mois. Dans ce contexte, le tourisme affinitaire va se développer.

Les acteurs interrogés lient la reprise à un recours généralisé aux mesures sanitaires. Ils anticipent un impact durable, bien au-delà de l’année 2020.

Conclusion

Il ne faut pas s’attendre à une reprise rapide au 2ème semestre 2020. Nous mettrons plusieurs semestres à nous relever.

Le voyage d’affaires et le tourisme international n’alimenteront plus le flux de réservations. Les hôtels ne retrouveront donc pas de planning vertueux par ces leviers traditionnels.

Cette situation touche particulièrement les établissements dépendants d’une clientèle étrangère ou professionnelle. Les hôtels implantés dans les grandes métropoles subissent ce contrecoup de plein fouet. Cette crise structurelle durera, selon nos prévisions, au moins 12 à 18 mois.

Bien sûr, il sera indispensable d’ajuster les prix mais on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

Les professionnels du tourisme le sentent : il faut réinventer le modèle. Chaque hôtelier doit passer son compte d’exploitation prévisionnel au tamis. Cela devient vital si la trésorerie ne peut plus « avaler le morceau ». L’établissement le plus exposé se situe dans une grande métropole. Il dépend majoritairement d’une clientèle d’affaires et internationale. Sa trésorerie fragile constitue son point faible. Cet hôtel doit monter d’urgence un budget de sauvegarde. Il ne doit pas attendre l’appel de son comptable ou de son banquier pour agir. Mais ce n’est pas facile à faire quand il y a autant d’inconnus.

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